Les étoiles Euro NCAP jugent une voiture sur son domaine le plus faible, pas sur la protection de vos enfants. Pour une famille, la ligne à lire est la note « protection des enfants », et dans cette note, 24 points sur 49 seulement viennent du choc. Le reste compte les équipements et la facilité d'installation des sièges.
Une étoile peut donc cacher des enfants plutôt bien protégés. Et cinq étoiles, l'inverse.
Les étoiles jugent la voiture sur son point le plus faible
Euro NCAP, le programme européen d'évaluation des voitures neuves, ne fait pas de moyenne. Pour décrocher cinq étoiles, une voiture doit atteindre le seuil dans chacun des domaines notés, et le domaine le plus mauvais décide seul de la note finale : le règlement l'appelle le principe du plus mauvais score. Sous le protocole de 2023 et 2024, il fallait au moins 80 % en protection des adultes et 80 % en protection des enfants pour cinq étoiles, avec des seuils propres aux piétons et aux aides à la conduite.
Le Dacia Jogger en est l'illustration la plus nette. Noté en 2021, il affiche 70 % en protection des adultes et 69 % en protection des enfants, deux scores honorables pour une voiture de ce prix. Ses aides à la sécurité plafonnent à 39 %, sous le seuil exigé pour deux étoiles, en partie parce que sa troisième rangée n'a aucun témoin de ceinture non bouclée. Résultat publié : une étoile.
Aucune étoile ne vous dit laquelle des quatre notes a tiré la voiture vers le bas. C'est la première raison de ne jamais s'arrêter au pictogramme.
Que mesure vraiment la note de protection des enfants ?
Trois choses différentes, additionnées sur 49 points. Seule la première parle de ce qui arrive à vos enfants pendant un choc.
Le premier bloc, 24 points, vient des essais de choc frontal et latéral avec deux mannequins assis à l'arrière, l'un de la taille d'un enfant de 6 ans, l'autre de 10 ans. Ils sont installés dans des sièges enfants du commerce que le constructeur recommande : pour le Škoda Kodiaq de 2024, des Britax Römer Kidfix i-Size, d'après la fiche technique Euro NCAP. Tête, cou et thorax sont notés zone par zone.
Le deuxième bloc, 13 points, récompense des équipements : places Isofix et i-Size, désactivation de l'airbag passager, siège enfant intégré, détection d'un enfant oublié. Le troisième, 12 points, vérifie qu'une liste de sièges enfants courants s'installe correctement à chaque place déclarée compatible.
Le détecteur d'enfant oublié pèse dans la note
Depuis 2023, un système qui repère un enfant resté seul dans la voiture garée rapporte des points dans le bloc équipements. Le Kodiaq de 2024 n'en a pas, la fiche l'écrit en toutes lettres, et il ne marque que 6 points sur 13 dans ce bloc. Utile, sans aucun doute. Mais c'est un dispositif de stationnement, sans aucun effet sur ce que subit un enfant pendant le choc.
Jogger, Kodiaq, Berlingo : la note enfant décomposée
Julie et Samir habitent près de Ciney, dans le Condroz, avec deux enfants de 18 mois et 5 ans et 19 000 km par an, dont une bonne part sur la N4 vers Namur. Leur break arrive au bout. Sur leur liste : un Dacia Jogger, un Škoda Kodiaq, un Citroën Berlingo. Julie a commencé par les étoiles, et a rayé le Jogger dans la minute.
J'ai repris les trois fiches techniques publiées par Euro NCAP et reposé leurs points bloc par bloc, le seul moyen de voir d'où vient la différence.
| Modèle et année d'essai | Choc, mannequins 6 et 10 ans (sur 24) | Équipements (sur 13) | Installation des sièges (sur 12) | Note enfant publiée |
|---|---|---|---|---|
| Škoda Kodiaq, 2024 | 23,9 | 6,0 | 11,0 | 83 % |
| Citroën Berlingo, 2018 (essai sur Peugeot Rifter) | 23,8 | 7,0 | 9,0 | 81 %, note expirée |
| Dacia Jogger, 2021 | 18,6 | 5,0 | 10,5 | 69 % |
Sources : fiches Euro NCAP du Dacia Jogger, du Škoda Kodiaq et du Citroën Berlingo, consultées le 30 septembre 2026.
Le chiffre qui compte : entre le Kodiaq et le Berlingo, deux points d'écart sur la note enfant, et un dixième de point seulement sur le choc. Leur différence tient presque entièrement à l'installation des sièges, 11 contre 9. Entre le Kodiaq et le Jogger, l'écart change de nature : 5,3 points perdus sur les essais de choc, là où il n'y a rien à rattraper avec un meilleur siège. La fiche du Jogger qualifie de faible la protection du cou et du thorax du mannequin de 10 ans en choc frontal décalé, et de marginale celle du cou du mannequin de 6 ans.
Julie avait donc raison de se méfier du Jogger, mais pour une autre raison que son étoile unique. Et elle s'apprêtait à retenir le Berlingo sur un 81 % qui date de 2018, obtenu sous des règles plus clémentes que celles du Kodiaq.
Une voiture cinq étoiles protège-t-elle forcément mieux vos enfants ?
Non, et l'objection mérite qu'on la prenne au sérieux, parce qu'elle a l'air de bon sens. Cinq étoiles garantissent qu'aucun domaine n'est franchement mauvais. Elles ne garantissent pas que la voiture est meilleure qu'une quatre étoiles sur la ligne qui vous intéresse.
Prenez deux voitures fictives, mais que la grille permet parfaitement. L'une obtient cinq étoiles avec 81 % en protection des enfants, dont un bloc choc moyen compensé par de nombreux équipements. L'autre n'en obtient que quatre, parce que ses aides au freinage d'urgence ratent quelques scénarios de nuit, alors qu'elle marque 23,9 sur 24 aux essais de choc avec les mannequins. Pour des enfants assis à l'arrière, la seconde est la plus rassurante des deux, et son pictogramme dit le contraire.
L'inverse existe aussi, et c'est là que la nuance devient utile. Un bloc choc élevé ne dit rien de la place centrale, que les essais n'utilisent pas, ni d'une troisième rangée d'appoint : sur le Kodiaq, la fiche précise que l'installation des sièges enfants n'est pas possible sur les places repliables de la troisième rangée. Le crash test note deux enfants assis sur les places latérales du deuxième rang, dans des sièges que le constructeur a choisis. Votre configuration à trois enfants, avec vos propres sièges, n'a pas été testée.
Mon avis, après avoir décomposé ces trois fiches : lisez le premier bloc de la note enfant en priorité, puis l'installation, et gardez les équipements pour départager deux voitures équivalentes.
Pourquoi une note Euro NCAP expire-t-elle après six ans ?
Parce que les essais changent plus vite que les voitures. Euro NCAP l'écrit dans sa foire aux questions : chaque modèle noté reçoit une année d'essai, valable six ans, et c'est cette année qui permet de comparer des voitures jugées selon les mêmes critères.
Une voiture peut rester au catalogue bien après. Le Berlingo en est l'exemple : sa note, obtenue en octobre 2018, apparaît aujourd'hui comme expirée sur le site d'Euro NCAP, alors que le modèle se vend toujours neuf, dans une version restylée. Une étoile de 2018 et une étoile de 2024 ne pèsent pas la même chose : entre-temps, les protocoles ont été durcis à plusieurs reprises, et personne ne sait combien d'étoiles le Berlingo obtiendrait s'il repassait les essais aujourd'hui.
Les jumeaux héritent de la note
Euro NCAP ne teste pas chaque carrosserie. La note du Berlingo vient d'essais réalisés sur un Peugeot Rifter, identique hormis quelques détails de face avant qui ne jouent que sur le choc piéton. Celle du Jogger vient d'une Sandero Stepway, avec des points retirés pour la troisième rangée. C'est écrit sur chaque fiche, et c'est légitime. Encore faut-il le savoir avant de citer « la note du Jogger » comme si un Jogger avait percuté la barrière.
Depuis 2026, quatre étapes remplacent les quatre notes
Le protocole entré en application en janvier 2026, qu'Euro NCAP présente comme sa plus grosse révision depuis 2009, ne publie plus les quatre notes que tout le monde connaît. Il en publie quatre autres, chacune sur 100 et exprimée en pourcentage : conduite sûre, évitement de l'accident, protection en cas de choc, sécurité après l'accident. Le principe du plus mauvais score reste, avec 80 % par étape pour cinq étoiles, et des seuils adoucis en 2026 et 2027 pour les deux premières étapes, d'après le protocole de notation global.
Pour une famille, le changement se voit à l'œil nu. La protection des enfants ne figure plus parmi les quatre notes principales : elle est évaluée à l'intérieur de l'étape protection en cas de choc, avec des gabarits d'occupants qui vont désormais de l'enfant à l'adulte de grande taille. Il faudra donc descendre plus bas dans les fiches des voitures notées depuis janvier pour retrouver les mannequins de 6 et 10 ans, et on ne pourra plus aligner directement une note enfant de 2024 avec une note de 2026.
En Belgique, rien de tout cela n'a de valeur légale. Une voiture se vend neuve ici avec une étoile, une note expirée ou aucune note, du moment qu'elle a reçu l'homologation européenne, la même à Bruxelles, en Wallonie et en Flandre. L'obligation belge pèse sur l'usage, pas sur l'achat : l'article 35 du code de la route impose un dispositif de retenue adapté à tout enfant de moins de 135 cm. La note Euro NCAP reste un outil de choix. La loi s'occupe du siège.
Avant d'acheter, cinq lignes de la fiche valent plus que les étoiles :
- l'année d'essai, et donc le protocole appliqué, à comparer entre les voitures de votre liste ;
- le bloc choc de la note enfant, sur 24 points, qui est le seul à mesurer ce que subissent les mannequins ;
- les remarques sur les mannequins de 6 et 10 ans, où la fiche signale un cou ou un thorax qualifié de faible ou marginal ;
- le tableau des places Isofix et i-Size, qui dit combien de sièges vous pourrez réellement fixer, et à quelles places ;
- la ligne sur l'application de la note, qui précise si elle vient d'un modèle jumeau ou si certaines versions sont exclues.
Julie et Samir ont gardé le Kodiaq et un Berlingo d'essai sur leur liste, et ils ont ajouté une colonne : l'année de la note. Pour choisir le siège qui ira dedans, notre repère quel siège auto pour quel âge donne les seuils de taille, et notre duel Dacia Jogger ou Škoda Kodiaq compare les deux voitures sur le coffre et le budget. Pour compter les places Isofix réellement utilisables modèle par modèle, passez par notre comparateur.
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Questions fréquentes
Audrey teste des familiales depuis 2015, maman de deux enfants, basée à Wavre. Elle installe vraiment les sièges Isofix avant de juger l’habitabilité et calcule le budget sur cinq ans, carburant et entretien compris. Sa boussole : peut-on y mettre deux sièges-auto et les courses sans jouer à Tetris ?
